{"id":535,"date":"2016-08-10T18:35:13","date_gmt":"2016-08-10T16:35:13","guid":{"rendered":"http:\/\/editions-sillage.fr\/?page_id=535"},"modified":"2023-01-30T11:22:03","modified_gmt":"2023-01-30T10:22:03","slug":"attila-jozsef-ni-pere-ni-mere-preface-de-guillaume-metayer","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/editions-sillage.fr\/?page_id=535","title":{"rendered":"Attila J\u00f3zsef, Ni p\u00e8re ni m\u00e8re &#8211; pr\u00e9face de Guillaume M\u00e9tayer et extraits"},"content":{"rendered":"<div class=\"textecourantjustif\">\n<div class=\"soustitre\">\n<div align=\"center\">\n<p>Pr\u00e9face du traducteur<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"auteurtitre\" align=\"center\">\n<p>Traduire Attila J\u00f3zsef<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textecourantjustif\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les manuels d\u2019histoire litt\u00e9raire hongroise, on peut lire des extraits de po\u00e8mes \u00e9trangers dans plusieurs traductions, dues aux plus grands po\u00e8tes. En Hongrie, la \u00ab traduction d\u2019art \u00bb (nous dirions sans doute \u00ab traduction litt\u00e9raire \u00bb) occupe une place de choix. Elle est partie prenante de la singuli\u00e8re vitalit\u00e9 de la litt\u00e9rature et de la po\u00e9sie hongroises, qui peut s\u2019expliquer par deux grandes raisons de fond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a d\u2019abord un peuple isol\u00e9 par sa langue, mais tourn\u00e9 vers l\u2019ext\u00e9rieur, vers cet Orient fantastique d\u2019o\u00f9 il est venu \u00e0 cheval, et vers cet Occident fantasm\u00e9 auquel l\u2019a vou\u00e9 son premier roi, il y a mille ans, lorsqu\u2019il inscrivit le pays dans la sph\u00e8re d\u2019influence du pape. La vie litt\u00e9raire hongroise est sans cesse aliment\u00e9e par des importations et des traductions, elle se construit sans cesse dans un dialogue des marges avec tout ce qui se fait partout en Europe. Chaque po\u00e8te est un traducteur et Attila J\u00f3zsef lui-m\u00eame s\u2019est, en plein XXe si\u00e8cle, inspir\u00e9 de Villon, dont il a donn\u00e9 une version hongroise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La profusion litt\u00e9raire de la Hongrie s\u2019explique aussi par une autre dualit\u00e9 pr\u00e9sente en chacun de ses po\u00e8tes. Dans ce pays \u00e0 la langue rare, l\u2019indiff\u00e9rence ne peut \u00eatre de mise avec les essais d\u2019autrui. Ce serait presque manquer \u00e0 un devoir collectif. Chaque tentative litt\u00e9raire est re\u00e7ue avec une attention qui confine \u00e0 la bienveillance. La R\u00e9publique des Lettres n\u2019a pas besoin de se proclamer pour exister, car le cercle des amateurs se confond d\u2019embl\u00e9e avec celui des cr\u00e9ateurs. D\u2019ailleurs, que sont les traducteurs sinon, en un seul mouvement, des po\u00e8tes et des amateurs ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Personne, \u00e0 ce titre, ne serait surpris, en Hongrie, qu\u2019une nouvelle traduction d\u2019Attila J\u00f3zsef voie le jour. Toute nouvelle traduction se veut une jouvence. Et lorsqu\u2019aujourd\u2019hui, pour la premi\u00e8re fois, le recueil d\u2019Attila J\u00f3szef <i>Ni p\u00e8re ni m\u00e8re<\/i> para\u00eet en fran\u00e7ais, dans une traduction r\u00e9alis\u00e9e directement \u00e0 partir du texte hongrois et non dans une adaptation issue de transcriptions litt\u00e9rales comme ce fut la plupart du temps le cas, c\u2019est un peu comme s\u2019il nous \u00e9tait donn\u00e9 de le voir traduit en France, en 1929, imm\u00e9diatement apr\u00e8s sa parution, comme si nous remontions le temps pour d\u00e9couvrir le recueil d\u2019un jeune po\u00e8te contemporain encore inconnu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car c\u2019est bien un jeune po\u00e8te de vingt-quatre ans qui s\u2019offre \u00e0 nous dans ce recueil, un jeune homme qui essaye encore son immense talent dans des veines d\u2019une belle diversit\u00e9. Il y a d\u2019abord la po\u00e9sie de la faim, qui traverse tout le recueil et lui donne un fond de r\u00e9alit\u00e9 brutale qui fait mieux ressortir l\u2019exploit des sublimations lyriques. Il y a, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, la mis\u00e8re obs\u00e9dante, celle d\u2019un jeune homme dont les ombres sont les meubles, dont les assiettes sont en papier, qui \u00ab vit et meurt dans la poussi\u00e8re \u00bb, et qui r\u00eave d\u2019une femme, d\u2019un foyer, d\u2019une famille, de pays lointains qui ne sont que la vie des autres. Le coup de g\u00e9nie d\u2019Attila est que la r\u00e9volte n\u2019est jamais un pr\u00e9texte pour d\u00e9figurer la beaut\u00e9. Au contraire, dans cette vie d\u2019affam\u00e9 solitaire, les meubles sont aussi les \u00e9toiles, et les moindres outils de la ferme ou du prol\u00e9tariat des villes retrouvent une pr\u00e9sence et une puret\u00e9 originelles qui en font les \u00e9gaux des r\u00e9alit\u00e9s jug\u00e9es d\u2019ordinaire les plus nobles. Il y a tout un lexique des choses les plus humbles ou les plus r\u00e9prouv\u00e9es, qui \u00e9quivaut \u00e0 un droit de cit\u00e9, tout un vocabulaire de la nature infime, des fourmis et des mauvaises herbes, tout un \u00ab tr\u00e9sor \u00bb d\u00e9pens\u00e9 sous nos yeux avec une insoumission d\u00e9nu\u00e9e d\u2019agressivit\u00e9, comme une r\u00e9surrection des choses dans le corps glorieux du texte. Tout cela s\u2019effectue sans l\u2019affectation de l\u2019insolence, sans le geste trop auguste du rebelle. Ici, la r\u00e9volution est une fatalit\u00e9 de la mis\u00e8re, elle n\u2019a pas besoin de l\u2019emphase.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme ces paysans qui, selon Pascal, pensent leur cause \u00e0 fond, l\u2019imagination affam\u00e9e d\u2019Attila J\u00f3zsef semble s\u2019\u00eatre impr\u00e9gn\u00e9e pendant des heures interminables de toutes ces r\u00e9alit\u00e9s rel\u00e9gu\u00e9es ; elle les a crois\u00e9es avec ses avides d\u00e9couvertes d\u2019\u00e9tudiant et de \u00ab mendiant de la beaut\u00e9 \u00bb, pour en tirer des dissonances qui sont aussi des scintillements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a tellement de veines dans ce recueil que l\u2019on ne saurait en tenir le compte : il y a la veine amoureuse, o\u00f9 la tendresse remonte aux origines d\u2019une fragilit\u00e9 archa\u00efque, celle du nourrisson peut-\u00eatre, plus ancienne et plus profonde que les \u00e9l\u00e9gies habituelles, qui s\u2019enracinent dans l\u2019enfance ou l\u2019adolescence. Attila ne fut pas pour rien compagnon de route des d\u00e9buts de la psychanalyse, si vivace en Hongrie. L\u2019amour est voisin des berceuses, et la berceuse n\u2019est jamais loin de la brisure (\u00ab je me berce dans l\u2019ombre de ses d\u00e9bris \u00bb). La force lucide avec laquelle Attila nous donne \u00e0 entendre ce cri premier, ind\u00e9passable, est unique en po\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a la veine spirituelle, qui nous montre un Dieu \u00e0 la fois immense et familier, il y a la veine sensuelle qui retrouve le <i>Cantique des Cantiques<\/i> dans les campagnes des ann\u00e9es 1920, il y a la d\u00e9bauche d\u2019images des \u00ab M\u00e9dailles \u00bb, qui rappellent autant le \u00ab Bestiaire \u00bb d\u2019Apollinaire qu\u2019un Bateau Ivre que l\u2019on devrait \u00e0 un Villon surr\u00e9aliste\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a surtout la convergence de toutes ces \u00e9poques en une seule voix, la confluence de toutes ces veines : l\u2019amour qui est aussi une forme de la faim, la mis\u00e8re qui est un point de vue sur la beaut\u00e9, le surr\u00e9alisme qui est le meilleur moyen de restituer les r\u00e9alit\u00e9s enfouies, le prol\u00e9tariat riche de sa pauvret\u00e9, la r\u00e9volte qui est aussi un paroxysme de la tendresse. Le jeune po\u00e8te qui a \u00e9crit <i>Ni p\u00e8re ni m\u00e8re<\/i> semble en pleine exploration de pistes divergentes, mais il est d\u00e9j\u00e0 en train de r\u00e9aliser un travail inou\u00ef de fusion de toutes ces voix qu\u2019il porte en lui et de nous offrir la r\u00e9solution d\u2019oppositions fig\u00e9es \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire une ouverture sur le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Publier ce recueil, c\u2019\u00e9tait tenter de montrer, quatre-vingts ans plus tard, ce miracle dans sa pleine jeunesse.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textecourantjustif\" align=\"left\">\n<div align=\"left\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Guillaume M\u00e9tayer<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: center;\" id=\"extraits\">Extraits<\/p>\n<div class=\"textecourantjustif\">\n<div class=\"soustitre\">\n<div align=\"center\">\n<p>Po\u00e8mes<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"contact\" align=\"right\">\u00a0<\/div>\n<p><i>\u00c1ron J\u00f3zsef m\u2019engendra<\/i><\/p>\n<p>\u00c1ron J\u00f3zsef m\u2019engendra,<br \/>\nma\u00eetre savonnier qui d\u00e9j\u00e0<br \/>\nsur le Grand Oc\u00e9an<br \/>\nfauche les bl\u00e9s odorants.<\/p>\n<p>Borcsa P\u00f6cze m\u2019a enfant\u00e9<br \/>\nque, f\u00e9roces, ont d\u00e9vor\u00e9e<br \/>\naux entrailles et au ventre,<br \/>\nles brosses aux mille pattes lavantes.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais amoureux de Luca,<br \/>\nLuca ne l\u2019\u00e9tait pas de moi.<br \/>\nMes meubles : des ombres.<br \/>\nMes amis : z\u00e9ro, leur nombre.<\/p>\n<p>Je ne peux plus avoir d\u2019ennui,<br \/>\nMon \u00e2me les a tous absorb\u00e9s \u2013<br \/>\nEt \u00e0 tout jamais, je vis<br \/>\n\u00c0 l\u2019abandon, h\u00e9b\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textecourant\" align=\"right\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"textecourantjustif\">\n<p><i>C\u0153ur pur<\/i><\/p>\n<p>Je n\u2019ai ni p\u00e8re, ni m\u00e8re,<br \/>\nNi dieu, ni foyer,<br \/>\nNi berceau, ni bi\u00e8re,<br \/>\nNi amante, ni baiser.<\/p>\n<p>Trois jours d\u00e9j\u00e0 sans manger,<br \/>\nNi bombance, ni bouch\u00e9e.<br \/>\nMon empire, c\u2019est mes vingt ans.<br \/>\nMes vingt ans, je vous les vends.<\/p>\n<p>Et si nul n\u2019en veut, ma foi,<br \/>\nLe diable, lui, me les prendra.<br \/>\nLe c\u0153ur pur, j\u2019irai voler,<br \/>\nS\u2019il le faut, assassiner.<\/p>\n<p>On m\u2019arr\u00eatera, me pendra,<br \/>\nEn terre chr\u00e9tienne m\u2019enterrera,<br \/>\nEt une ivraie homicide<br \/>\nCro\u00eetra sur mon c\u0153ur splendide.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textecourant\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"textecourantjustif\">\n<p><i>M\u00e9dailles<\/i><\/p>\n<p>1<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais un \u00e9l\u00e9phant, pauvre animal placide,<br \/>\nqui allait s\u2019abreuvant d\u2019eaux fra\u00eeches et lucides,<br \/>\nde ma trompe, dress\u00e9 sur une dune,<br \/>\nje caressais le soleil et la lune,<\/p>\n<p>je leur offrais des arbres \u00e0 manger,<br \/>\ndes capricornes verts, des silex, des serpents,<br \/>\nmon \u00e2me \u00e0 pr\u00e9sent est humaine, mon paradis condamn\u00e9,<br \/>\nde mes oreilles \u00e9normes je me donne du vent \u2013 \u2013<\/p>\n<p>2<\/p>\n<p>Dans la ros\u00e9e l\u00e9g\u00e8re une poussi\u00e8re passe,<br \/>\nje couvre de la main mon pantalon trou\u00e9,<br \/>\nle petit porcher en larmes enlace<br \/>\nson goret polychrome en pierre transform\u00e9 \u2013<\/p>\n<p>le ciel fume, tout vert, et peu \u00e0 peu rougit,<br \/>\nsonne, le son sur le lac s\u2019amortit,<br \/>\nfleur blanche comme lait dans le givre fig\u00e9e,<br \/>\nle monde plane sur une feuille d\u00e9tach\u00e9e \u2013 \u2013<\/p>\n<p>3<\/p>\n<p>Claudique, claudique, le p\u00eacheur de sangsues,<br \/>\ns\u2019\u00e9merveille, s\u2019\u00e9merveille le porcher maigrelet,<br \/>\nplane, plane sur le lac, une grue,<br \/>\nfume, fume, le tourteau de vache frais \u2013<\/p>\n<p>au-dessus de ma t\u00eate flotte une pomme lasse,<br \/>\nla chenille a rogn\u00e9 le bourgeon tout entier,<br \/>\nelle passe la t\u00eate et observe la place,<br \/>\nce po\u00e8me \u00e9tait fleur, une fleur de pommier \u2013 \u2013<\/p>\n<p>4<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre es-tu cr\u00e8me dans le lait sucr\u00e9,<br \/>\npeut-\u00eatre murmure dans l\u2019inerte soir\u00e9e,<br \/>\npeut-\u00eatre es-tu couteau sous le verglas,<br \/>\npeut-\u00eatre bouton qui vole en \u00e9clats \u2013<\/p>\n<p>Les larmes de la servante dans le levain s\u2019\u00e9crasent,<br \/>\nne cherche nul baiser, car la maison s\u2019embrase,<br \/>\ntu trouveras ton chemin, mets-toi en marche sur l\u2019heure \u2013<br \/>\nces yeux fumants seront tes \u00e9claireurs \u2013 \u2013<\/p>\n<p>5<\/p>\n<p>Porc dont le jarret serait jasp\u00e9,<br \/>\nje m\u2019assois sur un dieu dans le bois d\u00e9coup\u00e9,<br \/>\noh\u00e9, deuil de velours, dans le lait montre-toi !<br \/>\nje meurs, et ma barbe imposante s\u2019accro\u00eet<\/p>\n<p>et si ma peau, les cieux, se contracte et rentre,<br \/>\ntout va tourbillonner de mon dos \u00e0 mon ventre ;<br \/>\npetits et gras pulluleront imm\u00e9diatement,<br \/>\nles astres, minuscules vers blancs \u2013 \u2013<\/p>\n<p>6<\/p>\n<p>Le vert l\u00e9zard scintille, il cherche mon destin,<br \/>\nle bl\u00e9 cliquette : il \u00e9jecte son grain,<br \/>\nle lac me toise quand une pierre y d\u00e9vale,<br \/>\net les nu\u00e9es que les pleureurs exhalent,<\/p>\n<p>les aurores que les guerres suscitent,<br \/>\nles soleils qui bondissent, les astres qui palpitent<br \/>\nautour de mon front serein font la ronde \u2013<br \/>\nma temp\u00e9rature, c\u2019est l\u2019incandescence du monde \u2013 \u2013<\/p>\n<p>7<\/p>\n<p>Seau \u00e0 l\u2019\u00e9cume d\u2019acier dans l\u2019embrasure \u2013<br \/>\naime la jeune fille aux pieds nus, qui r\u00e9cure,<br \/>\nm\u00eame aplani, le jus d\u00e9borde, macul\u00e9,<br \/>\nla mousse s\u00e8che sur ses bras retrouss\u00e9s \u2013<\/p>\n<p>je me boss\u00e8le aussi en \u00e9cumes de fer,<br \/>\nmais elles s\u2019\u00e9l\u00e8vent sonores, lib\u00e9r\u00e9es,<br \/>\nau point de se briser, \u00e0 cheval sur les mers,<br \/>\nsur le degr\u00e9 brillant des cages d\u2019escalier \u2013 \u2013<\/p>\n<p>8<\/p>\n<p>Dans l\u2019ambre jaune s\u2019est fig\u00e9 le procureur,<br \/>\naccroupi, en frac noir, il prom\u00e8ne son regard,<br \/>\nobserve fixement ce qui pour moi prend peur,<br \/>\nme caresse et b\u00e9nit, lumi\u00e8re, vent, brouillard,<\/p>\n<p>ma rose s\u2019en va, tandis que je dess\u00e8che,<br \/>\ncoton picor\u00e9 des aigrettes fra\u00eeches,<br \/>\nje deviens chaleur des soir\u00e9es d\u2019automne,<br \/>\npour que nul vieillard jamais n\u2019en frissonne \u2013 \u2013<\/p>\n<p>9<\/p>\n<p>Avec mon ami, je vivrai dans un lit,<br \/>\nje n\u2019aurai pas m\u00eame un lys qui p\u00e2lit,<br \/>\npistolet, pierre, fl\u00e8che, rien,<br \/>\nje voudrais tuer, comme tout un chacun<\/p>\n<p>tandis que la f\u00e8ve bout et siffle fi\u00e8rement<br \/>\nvous regardez d\u2019un \u0153il couleur de potager<br \/>\nmes larges l\u00e8vres s\u2019agiter fi\u00e9vreusement,<br \/>\net les hirondelles me gorger de scarab\u00e9es \u2013 \u2013<\/p>\n<p>10<\/p>\n<p>\u00d4 ma barbe, craquette, cr\u00e9pite, racornis-toi,<br \/>\ntra\u00eene comme sur les semailles la herse \u2013<br \/>\nau-dessus du ciel, comme les nuages d\u2019en bas,<br \/>\npend, sans propri\u00e9taire, une caresse<\/p>\n<p>et ce frais mirage un jour, sans s\u2019imposer,<br \/>\nsur cette barbe m\u00eame ira se reposer,<br \/>\ncoulera dans ses tresses rousses jusqu\u2019\u00e0 mes cals,<br \/>\nexhalant son fumet, comme un vin m\u00e9dical \u2013 \u2013<\/p>\n<p>11<\/p>\n<p>Vingt-trois rois en procession,<br \/>\navec du jaspe pour couronne,<br \/>\nils font bombance d\u2019un melon,<br \/>\nen leur senestre la nouvelle lune rayonne.<\/p>\n<p>Vingt-trois gosses \u00e0 l\u2019aventure,<br \/>\nsur leur t\u00eate d\u2019affreux chapeaux,<br \/>\nune past\u00e8que est leur p\u00e2ture,<br \/>\nen leur dextre brille un soleil nouveau.<\/p>\n<p>12<\/p>\n<p>Le Noir au nez \u00e9cras\u00e9,<br \/>\nLe Jaune au ciel plus bleut\u00e9,<br \/>\nLe Peau-rouge dont le sang s\u2019est glac\u00e9<br \/>\net le Blanc, succube agit\u00e9 \u2013<\/p>\n<p>&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211;<br \/>\n&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211;<br \/>\n&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211;<br \/>\n&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9face 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